
Dans mon dernier article, nous avons vu que les différents profils de joueurs de bridge (le sociable, le compétiteur, celui qui cherche à progresser et le joueur stratège) parlent à beaucoup de monde. J’ai suggéré que les messages destinés à attirer de nouveaux joueurs pourraient refléter ces profils et s’appuyer sur les différentes motivations qui poussent les gens vers le bridge. Les recherches récentes de BAMSA ont identifié plusieurs freins et leviers pour promouvoir le bridge et faire jouer davantage de personnes.
Au niveau individuel : les motivations pour jouer au bridge sont variées. Pour les joueurs de tournoi, trouver des partenaires réguliers, disponibles aux mêmes horaires et de niveau comparable est un défi. Pour les joueurs sociables, c’est le temps nécessaire pour une session qui fait obstacle. Plusieurs participants ont fait des pauses dans leur pratique et ne s’y sont remis que plus tard dans la vie, car les contraintes professionnelles et personnelles pesaient sur leur capacité et leur envie de jouer.
Au niveau institutionnel : il faut reconnaître que les premières expériences des nouveaux venus en club sont déterminantes et doivent être positives. Or le comportement des joueurs expérimentés, souvent désagréable sans le vouloir, peut les décourager. Il faut une culture d’accueil dans les clubs et les tournois, avec une approche de « tolérance zéro » face aux mauvais comportements. Par ailleurs, les méthodes d’enseignement restent souvent traditionnelles et formelles. La complexité du bridge fait aussi son attrait, mais elle peut rebuter certains profils.
Au niveau culturel : le bridge est souvent associé à l’âge avancé, ce qui peut décourager les jeunes. On lui prête aussi un certain élitisme : les joueurs seraient forcément très intelligents, diplômés et issus de milieux plutôt aisés. Le marketing du bridge pose problème : le marketing sur les réseaux sociaux pour attirer un public plus jeune est peu répandu, et il est difficile d’identifier des campagnes de recrutement vraiment efficaces.
Pour surmonter certaines de ces difficultés, nous pourrions peut-être nous inspirer d’autres sports de l’esprit, comme les échecs ou le poker. On pourrait, par exemple, développer davantage de contenus promotionnels pour les réseaux sociaux, qui mettent en scène les moments stratégiques des parties de haut niveau ou racontent le parcours personnel de joueurs de bridge d’horizons variés. Des vidéos courtes conçues pour des plateformes comme TikTok, Instagram ou YouTube pourraient faire ressortir l’intensité, la stratégie et la dimension sociale du jeu. La recherche de BAMSA a également fait apparaître d’autres pistes, présentées ci-dessous.
Au niveau individuel : tous les joueurs ne cherchent pas à maîtriser le jeu ou à faire des tournois : beaucoup viennent au bridge pour sa dimension sociale ou ses qualités de loisir. Il faut en tenir compte dans le recrutement. Les clubs pourraient aussi encourager les joueurs compétitifs à s’ouvrir à des parties occasionnelles, plus décontractées, à la manière des sociables. Pour ceux qui veulent progresser ou performer, intégrer quelques parties conviviales peut aider à relâcher la pression de la progression et du résultat.
Au niveau institutionnel : il est important de rassembler les joueurs sociables et compétitifs de tous âges, notamment grâce à des initiatives en direction des jeunes qui favorisent la participation entre générations. Il y a aussi un intérêt à relier les clubs à des lieux plus informels, ancrés dans la vie locale, comme le bridge-café ou les matinées-café dans les établissements du quartier.
Au niveau culturel : le marketing sur les réseaux sociaux et les médias numériques peut renforcer la visibilité du bridge et toucher des publics plus diversifiés.
Les stratégies doivent être coordonnées. Les initiatives qui visent seulement à renforcer la motivation individuelle, ou à vanter les bienfaits cognitifs du bridge, ont peu de chances de réussir si les structures institutionnelles et la culture des clubs ne changent pas. Voici quelques stratégies de promotion adaptées aux différents types de joueurs :
Parmi les autres suggestions concrètes : donner plus de visibilité à des modèles variés et plus jeunes dans les supports promotionnels, et encourager les partenariats entre clubs ou organisations. Ces stratégies pourraient contribuer à faire du bridge une activité vivante et attrayante, adaptée aux habitudes de loisir hybrides d’aujourd’hui, sans éloigner les joueurs plus âgés.
Redonner de l’élan au bridge demande une approche à plusieurs niveaux, qui tienne compte des motivations et des contraintes individuelles comme du contexte culturel et institutionnel. Il est essentiel de lever les freins à tous les niveaux pour que le bridge accueille un éventail plus large de joueurs, en particulier ceux qui veulent simplement profiter d’une compétition détendue et amicale. Ainsi, le bridge pourra préserver son riche héritage tout en élargissant sa base et en faisant grandir une communauté plus diverse et plus engagée.
Les efforts menés à un niveau doivent s’accorder avec les changements des autres niveaux. Les campagnes de recrutement, les pratiques pédagogiques et l’ambiance des clubs doivent transmettre de façon cohérente un message d’accessibilité, d’accueil et d’inclusion. L’objectif final : faire découvrir le bridge à une nouvelle génération de joueurs.
McCutcheon A. et Punch S. (2026), Promoting Traditional Leisure: Barriers and Enablers for the Mindsport Bridge, Leisure Studies, 1-22. doi.org/10.1080/02614367.2026.2692685
Milosheva, M. et Punch, S. (2026), ‘My Grandma Plays That’: Marketing and Promotion of Bridge to Young People. Rapport BAMSA : University of Stirling. bridgemindsport.org/.../Marketing-and-promotion-of-bridge-to-young-people.pdf
Samantha Punch est professeure de sociologie à l'Université de Stirling, en Écosse. Elle dirige le projet de recherche Bridge: A MindSport for All (BAMSA) (bridgemindsport.org), consacré aux dimensions sociales, culturelles et humaines du bridge : bien-être, partenariats et développement des joueurs.