
On associe souvent le bridge à une génération de joueurs plus âgés. Depuis plusieurs décennies, sa popularité recule peu à peu. Il devient donc essentiel de réfléchir aux moyens d'attirer de nouveaux joueurs, en particulier les plus jeunes. C'est pour amorcer cette réflexion que le programme de recherche Bridge: A MindSport for All (BAMSA) a exploré les différentes raisons qui poussent les gens à jouer au bridge.

Quatre profils de joueurs
Cette recherche a permis d'identifier quatre grands profils de joueurs : le compétiteur, le sociable, celui qui cherche à progresser, et celui qui joue pour comprendre les gens. À quel profil appartenez-vous ? Et changez-vous de profil selon le lieu ou les personnes avec qui vous jouez ?
Au fil du temps, on peut passer d'un profil à l'autre : du compétiteur au sociable, ou du sociable à celui qui cherche à progresser, par exemple. La façon de parler du bridge, comme un jeu ou comme un sport, peut aussi varier selon le profil que l'on cherche à toucher. L'idée de « jeu d'esprit » parlera davantage aux sociables et à ceux qui aiment comprendre les gens, alors que celle de « sport d'esprit » touchera plus les compétiteurs et ceux qui cherchent à progresser.
J'ai aussi interrogé les meilleurs joueurs sur ce qui les motive. Leurs réponses varient selon que le bridge est pour eux un loisir (les amateurs) ou un métier (les professionnels). Chez les professionnels surtout, la limite entre loisir et travail peut être floue, ce qui influence forcément leur motivation.
Ce que le bridge leur apporte
Les meilleurs joueurs évoquent des bénéfices personnels et des bénéfices sociaux. Parmi les bénéfices personnels : le frisson du défi et le renouvellement permanent de chaque donne. Comme le disait Susanna Gross, le bridge procure une sensation bien particulière, différente de tout le reste :
« C'est tellement important pour moi. Si j'essaie d'imaginer ma vie sans bridge, je ressens une sorte de vide, une grisaille. Le bridge est un défi de tous les instants. Il me motive, il me donne de l'adrénaline. Et sans lui, je ne sais pas comment je comblerais ce vide. Ce n'est pas que je n'aime pas le reste de ma vie : j'aime mes enfants, mon mari, mes amis, j'ai un métier passionnant. Mais le bridge me procure une sensation vraiment unique. »
- Susannah Gross, Angleterre
Beaucoup de joueurs aiment surtout résoudre des problèmes : chaque donne pose une nouvelle énigme. Le plaisir de la compétition vient le plus souvent, mais pas seulement, de la possibilité de gagner. Les joueurs apprécient aussi la sensation de bien jouer et la richesse des différentes facettes du jeu.
« J'adore ça, tout simplement. C'est tellement amusant. Il y a tant de facettes différentes : ce n'est pas une seule façon de penser, c'est un assemblage. Pour moi, c'est un peu comme du travail de détective. Il y a des indices quelque part, on ne sait pas lesquels ni où les trouver, alors il faut les chercher. Une fois qu'on les a trouvés, il faut les assembler comme un puzzle, puis en tirer les bonnes conclusions. C'est vraiment riche, et c'est ce qui me fascine.
Le bridge m'a fait voyager dans le monde entier, et continue de le faire. Il m'ouvre des portes que je n'aurais jamais franchies autrement, et je rencontre des gens que je n'aurais jamais croisés sans lui. Au Danemark, il m'arrive de jouer avec le mari de la reine... En Chine, j'ai joué avec de grands responsables politiques : je trouve ça passionnant. On a l'impression d'avoir des amis partout dans le monde, et où que l'on aille, on connaît toujours quelqu'un. »
- Sabine Auken, Allemagne
Les bénéfices sociaux, eux, viennent des liens créés et de la dynamique entre partenaires et coéquipiers. Les hauts et les bas du bridge se vivent à deux, en partenariat. On apprend à gagner et à perdre ensemble, en paire comme en équipe.
En tant que joueuse régulière de tournois, je me reconnais dans cette recherche de la victoire, de la compétition, du frisson et de ce qu'on appelle le « flow ». Le flow, c'est ce moment où l'on perd complètement la notion du temps pendant un tournoi, tant on est absorbé par les donnes, concentré sur les points et les enchères. J'aime le bridge justement pour ça : c'est une vraie échappatoire au travail, parce qu'à la table, on ne peut penser à rien d'autre.
Ce que chacun recherche dans le bridge dépend donc largement de son profil de joueur. Comprendre ce qui compte pour chaque profil pourrait aider à développer des approches différentes pour attirer de nouveaux joueurs plus jeunes, selon leur profil dominant. Mon prochain article portera sur la manière de promouvoir le bridge différemment, en fonction de ces motivations variées chez les joueurs potentiels.
Pour aller plus loin
Punch, S., Russell, Z. et Graham, E. (2021) Serious Leisure Experience in a Dyadic Pursuit: Elite Player Motivations and Participation in Tournament Bridge, Leisure Studies.
Maclean, J., Punch, S., Hay, G., Nicholson, E., Ballinger, C. et Biriotti, M. (2026) Bridging Stigma: Marketing the Mindsport Bridge to the next Generation of Players, Leisure Sciences.
À propos de l'autrice
Samantha Punch est professeure de sociologie à l'Université de Stirling, en Écosse. Elle dirige le projet de recherche Bridge: A MindSport for All (BAMSA) (bridgemindsport.org), consacré aux dimensions sociales, culturelles et humaines du bridge : bien-être, partenariats et développement des joueurs.

tout à fait d'accord avec votre article j'insisterai sur le plaisir du partage avec le partenaire en défense et pendant les enchères.
Très intéressant.
Bravo et merci.