
Cet article a été écrit par Alain Lévy et a été initialement publié par Bridgerama+. Retrouvez Bridgerama+, toutes ses archives et plus d'avantages sur BBO+.
La paire Nord-Sud a déclaré un très mauvais contrat. Comme souvent, chacun des deux joueurs pense que son partenaire est responsable de l’accident.
Et vous, qu’en pensez-vous ?
Cette série est consacrée au thème : Réponse à l’ouverture après un contre d’appel.
Introduction
Nous allons suivre les aventures et mésaventures de deux jeunes joueurs qui mettent en pratique leurs récents acquis dans des tournois de régularité. Sandy, assise en Sud, a bien compris la technique des enchères après un contre d’appel. Louis, en Nord, a plus de mal, avec des décisions à prendre bien plus délicates.
Est-Ouest vulnérables.
Le constat
Pas un franc succès. 3 Sans-Atout chute et le camp Nord-Sud passe à côté de l’occasion d’encaisser une lourde pénalité au contrat de 2 Carreaux contré.
Les arguments
Nord : «J’ai eu peur de ne pas retrouver un fit à Cœur en passant ou que tu n’aies pas de quoi réveiller sur 2♦. J’ai deux cartes à Carreau, je n’ai pas prévu la possibilité d’un contre punitif.»
Sud : «Nous avons appris que le surcontre est auto-forcing et demande la parole. Je comprends ton enchère de 2♥ et j’ai eu probablement tort d’imposer le contrat de 3 Sans-Atout, on gagne facilement 4 Piques. En réalité, j’avais l’intention de les contrer punitif à 2♦, je crois que tu dois passer sur 2♦ pour en savoir plus.»
Le verdict
Il n’y a plus grand-chose à ajouter après les deux très justes arguments de Sandy
1. Le surcontre est auto-forcing.
En y réfléchissant bien, c’est très logique. Le surcontre garantit un minimum de 11H. En face d’une ouverture banale de 12H ou plus, les 23H sont atteints, le camp est en attaque, l’adversaire ne peut jouer que s’il est contré. La séquence 1♠-contre-surcontre-2♦-passe-passe-passe n’existe pas.
2. Le surcontre demande la parole
Ce qui revient à dire que l’ouvreur doit passer sur l’enchère de son adversaire de droite, le joueur numéro 4 si vous préférez, y compris sur l’enchère de passe, et laisser le répondant exprimer les raisons de son surcontre.
L’enchère responsable de l’accident
2♥ sur 2♦. Nord est le seul coupable. Il doit passer sur 2♦ puis passer avec délectation sur le contre punitif de son partenaire et entamer du Valet de Carreau pour un somptueux +800.
La bonne séquence
Nord-Sud vulnérables.
Le constat
Quelques donnes plus tard, le malheureux joueur assis en Nord se retrouve dans une situation similaire et applique les conseils de son partenaire à la lettre, pour un résultat presque inversé, un triste +100 à 3 Carreaux contré avec +600 au contrat de 3 Sans-Atout. C’est à n’y plus rien comprendre !
Les arguments
Nord : «J’ai fait exactement ce que tu m’as demandé. Passer sur 3♦ puis passer sur ton contre 100% punitif.»
Sud : «Je sais, je sais. J’ai longuement réfléchi à ce que je pouvais faire. J’ai rejeté l’enchère de 4♣, qui nous condamne pratiquement à jouer 5 Trèfles de la mauvaise main. J’ai pensé à 3♠, qui t’aurait laissé de l’espace pour dire 3SA, sauf si tu l’interprètes comme un soutien forcing à Pique. Et puis je me suis décidée pour contrer, en espérant que tu réalises qu’après cette enchère à saut, un contre punitif était peu probable. Encore une situation non prévue et une question à poser à Nicolas.»
Le verdict
Difficile d’expliquer à Louis, après la déconvenue quelques donnes plus tôt, que le contre sur 2♦ est punitif et celui sur 3♦ est d’appel. Et c’est pourtant logique à deux titres. Le saut suppose une couleur longue, plus souvent sixième que cinquième, un fit huitième, neuvième ou même dixième a été retrouvé. Le saut a élevé les enchères d’un palier et empêche Sud de nommer librement sa ou ses couleurs.
Un autre exemple pour mieux comprendre :
Sud a choisi le surcontre plutôt que 1♥, à tort ou a raison, il n’a plus d’autre choix que de contrer d’appel.
Mais Nord n’est pas seul responsable. Sud a pensé à dire 3♠. Et c’est une bonne idée, pour deux raisons.
1. Le contre est très risqué. Même un joueur aguerri peut penser que ce contre est punitif.
2. Dans le nouveau système de réponse à une ouverture majeure après un contre d’appel, le surcontre dénie un soutien franc de trois cartes ou plus (voir article sur ce sujet). L’enchère de 3♠ annonce un honneur second et laisse l’ouvreur choisir entre les contrats de 4 Piques et 3 Sans-Atout.
L’enchère responsable de l’accident
Le passe sur le contre de Sud. Nord est coupable à 70%. Sud est responsable à 30%. Dans un sens comme dans l’autre, contre d’appel pris pour punitif ou contre punitif pris pour un contre d’appel, il faut éviter d’utiliser une enchère de contre qui peut être mal interprétée. Il valait même mieux réveiller par 4♣ et jouer 5 Trèfles, pour onze levées sur l’entame probable du doubleton à Cœur.
La bonne séquence :
Tous vulnérables.
2♦* Soutien positif à Cœur, une autre facette de la nouvelle technique développée récemment dans Bridgerama+ et bien retenue par nos deux amis.
Le constat
Une de chute, un mauvais résultat relatif quand, à l’analyse, le camp Est-Ouest peut gagner 3 Piques, sauf qu’à beaucoup de tables le camp Nord-Sud a finalement pu jouer 3 Cœurs.
Les arguments
Nord : «Comment peux-tu me proposer la manche avec 11H, une main qui mérite à peine l’ouverture. J’ai bien suivi cette partie du cours, bien plus amusante que les surcontres. L’enchère de 2♦ montre un soutien positif, je suis maximum du minimum. Mon enchère de 4♥ est évidente.»
Sud : «Tu as raison, tu as raison, mais cela ne sert à rien de t’énerver. Je sais que mon enchère de 3♥ risque de nous conduire à un palier trop élevé, mais je n’ai pas pensé que tu pouvais dire 4♥ avec un jeu de première zone. J’étais d’accord pour chuter 3 Cœurs, sécurisée par mon neuvième atout, et barrer ainsi les Piques.»
Le verdict
Mauvaise journée pour Louis, c’est encore lui qui a tort. Essayons de comprendre pourquoi. Sud parle de barrer les Piques. Et c’est exactement l’objectif de ce saut à 3♥, objectif atteint par les paires pas encore au fait des nouvelles conventions, dans la séquence 1♥ -contre-2♥ -passe-3♥ , enchère connue de tous comme un barrage.
En réalité, les deux séquences sont identiques. Nord ne doit pas penser que Sud a sauté à 3♥, il a dit 3♥ sur une enchère équivalente à celle de 2♥. Ce n’est pas une proposition de manche mais un barrage. La proposition de manche s’exprime par un relais à 2SA, essai généralisé comme sur l’enchère naturelle de soutien à 2♥.
L'enchère responsable de l'accident
L’enchère de 4♥. Nord est seul coupable. Sud a bien joué de dire 3♥ : nul doute que ses adversaires auraient surenchéri à 2♠ en réveil sur 2♥ puis probablement à 3♠ sur 3♥ (voir ci-dessous).
La bonne séquence
2♦* Aux tables où Sud a passé sur 2♥ ou rectifié 2♦ en 2♥, Est a réveillé à 2♠ avec ♠DV84 ♥63 ♦D8652 ♣106 et Ouest a surenchéri à 3♠ sur un 3♥ tardif avec ♠R1076 ♥A2 ♦A107 ♣A985.
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Cet article a été écrit par Alain Lévy et a été initialement publié par Bridgerama+. Vous pouvez retrouver Bridgerama+, toutes ses archives et bien plus d'avantages sur BBO+.

Merci pour ces éclaircissements qui paraissent évidents quand, après coup, on les reconnaît.
La logique s'apprend, bien qu'elle paraisse naturelle...